Histoire

Arménie: terre d’une ancienne et riche histoire

 

Le Haut-plateau arménien
Formé sur le Plateau arménien, une vaste zone s’étendant du massif montagneux de l’Anti Taurus et des versants orientaux du Plateau d’Artsakh (Karabakh) aux monts Taurus arméniens, à la chaîne Pontique et aux monts Trialètes, le peuple arménien est l’un des plus anciens de l’Asie mineure. Le Haut-plateau arménien occupe près de 360 milles mètres carrés, avec, au centre, le mont biblique d’Ararat (5165 m). Le mont Aragats (4090m) est le sommet le plus élevé de l’actuelle République d’Arménie. Le climat y est continental avec des hivers froids et des étés chauds. Le Haut-plateau arménien est pourvu d’une flore et d’une faune très riches.
La formation du peuple arménien
Le Haut-plateau arménien est habité dès le paléolithique. Grâce à son riche sous-sol non seulement il devient rapidement un important centre métallurgique mais également une zone d’exportation de minéraux et de métaux tels que le cuivre, le bronze, le fer, l’argent et l’or. A l’âge du bronze et des débuts de l’exploitation du fer (au passage du 2e au1e millénaires avant J.C.), les tribus peuplant le Haut-plateau arménien connaissent la formation d’une nouvelle organisation sociale, et avec l’apparition des premières alliances tribales, se font jour les conditions nécessaires à la formation d’un Etat. Les premières formation tribales du Haut-plateau arménien qui sont connues grâces notamment aux sources assyriennes, et qui possèdent déjà les prémices d’un Etat sont Hayassa – Aszi, Issouva, Alchen, Ourouatri, Dayaéni, Diaouekh et d’autres. Le processus de formation du peuple arménien se déroule essentiellement aux 2e et 1e millénaires avant J.-C.. Bien qu’il soit difficile à l’heure actuelle de connaître avec exactitude les étapes de ce processus, il est néanmoins indéniable que celui-ci se produit sur le Haut-plateau arménien, au moyen d’absorption par les tribus arméniennes des tribus voisines. Un certain nombre de spécialistes s’accordent à considérer comme dominant dans ce processus le rôle de la tribu Hayassa qui est vraisemblablement à l’origine de l’appellation « hay » dont les Arméniens se désignent eux-mêmes.
Le royaume de Van ou Ourartou
D’après les sources antiques, le premier Etat arménien unifié est le royaume d’Aïrarat des Haykian. Au 9e siècle avant J.-C., suite à une longue rivalité avec l’Assyrie et des défaites militaires successives que celle-ci lui inflige, le royaume d’Aïrarart décline. Parallèlement s’y accroît le pouvoir d’une autre tribu qui finit par s’emparer du pouvoir politique. Le nouvel Etat issu de ce bouleversement politique sera appelé Ourartou par les Assyriens tandis que dans leurs inscriptions les rois ourartéens le nomment plutôt Biaïnalé / Biaïnélé et Chourele. L’histoire quant à elle le désigne aujourd’hui l’appellation de royaume de Van. Aux 9e et 8e siècles celui-ci élargit considérablement ses frontières et sous les règnes des rois Ménouah, Arguichti et Sardouri II devient l’une des plus importantes puissances de l’Asie mineure. La puissance politique s’y accompagne d’un développement sans précédent de l’économie, de l’artisanat, des villes, des arts, et apparaît l’écriture cunéiforme ourartéenne. Mais le retour fracassant de la puissance assyrienne dans la région, à travers une série de victoires militaires remportées contre le royaume de Van, suivi des invasions des Cimmeriens et des Skythes et ainsi que la formation du royaume médique précipitent la chute du royaume de Van au cours des dernières décennies du 7e siècle et au début du 6e siècle avant J.-C.
Royaume des Orontides (les Yervandouni)
Les dernières études mettent en scène un certain Partatoun (appelé Parouyr par les Arméniens), chef skythe, déjà proclamé roi d’Arménie au 7e siècle. A cette époque obscure plusieurs principautés voient le jour sur les vestiges du royaume de Van, dont, pendant une brève période, le royaume skythe de Partatoun. Cependant, c’est un représentant de la dynastie des Orontides (Yervandouni), Aramani que l’historien arménien Moïse de Khorène nomme Aram, qui réussit à réunir les débris de l’Etat arménien fragmenté. Profitant du répit qui lui est offert par la longue rivalité usante opposant l’Assyrie à Babylone chaldéenne et au royaume médique, le roi arménien étend les frontières de son royaume. Les Orontides continuent à régner en Arménie, cumulant parfois le titre perse de Satrape ou se soumettant franchement à l’autorité de celui-ci. A la suite de la défaite infligée à la Perse Achéménide par Alexandre le Grand à la bataille de Gaugamèles, l’Arménie retrouve son indépendance (capitale Ervandachat). Une inscription grecque datant de l’époque et retrouvée à Armavir parle du « beau pays d’Arménie ». Mais peu de temps après, l’Etat séleucide formé sur les vestiges de l’empire d’Alexandre étend son pouvoir jusqu’en Arménie.
L’Arménie des Artaxiades(Artachessian) : Tigran le Grand

Après la défaite des Séleucides à la bataille de Magnésie (190 avant J.-C.) l’indépendance de la Grande Arménie et de la Sophène (Tsopk en arménien) est restaurée. Aratchès 1er (Artaxias en grec - 189-160 avant J.-C.), fondateur de la dynastie des Artachessian (Artaxiades), à l’issue d’une fructueuse campagne militaire parvient à réunir les provinces arméniennes, hormis la Sophène, en un Etat puissant dont font partie l’Artsakh, la Siunie et l’Orchistène (Outik en arménien). C’est sous le règne de Tigran II le Grand (95-55 avant J.-C.) que le royaume de la Grande Arménie atteint l’apogée de sa gloire et devient l’Etat le plus puissant de l’Asie mineure. Grâce à des guerres victorieuses et une alliance durable avec le royaume du Pont, Tigran II achève le processus de réunification des provinces arméniennes et élargit les frontières de son royaume. Il annexe de nombreux et vastes territoires dont l’Atropatène, l’Adiabène (l’Assyrie séleucide), la Commagène, la Cilicie et la Mésopotamie. Dès les premières années de son règne Tigran conclut une alliance politique et militaire avec le roi du Pont Mithridate au pouvoir grandissant, cette alliance leur permettant à tous deux de faire face ensemble à la montée en puissance de Rome en Orient. L’hégémonie du roi d’Arménie est sans conteste et reconnue aussi bien par la Judée, la Nabatène, l’Ibérie et l’Albanie du Caucase que par le royaume parthe, par les tribus centrasiatiques et les tribus arabes du golf persique.

Les Artachessian vont également renforcer le processus d’hellénisation déjà en cours en Arménie. L’architecture, la littérature et la poésie, l’historiographie et le théâtre y connaissent un essor remarquable.

Néanmoins, l’expansion romaine vers l’Orient met fin à la suprématie de la Grande Arménie. Après une première tentative, infructueuse, de soumettre le royaume arménien entreprise en 69 avant J.-C par le général romain Lucullus vainqueur de Mithridate de Pont, le Sénat romain y envoie Pompée. Devant la progression de celui-ci vers la capitale arménienne Artachat (Artaxate) en 66 avant J.-C., Tigran est contraint de proposer au général romain un traité de paix. Aux termes de ce traité signé à Artachat l’année même, le royaume d’Arménie perd la majeure partie de ses territoires, tout en demeurant une puissance régionale importante. Les successeurs de Tigran le Grand, Artavazd II et Artachès II, tenteront de restaurer la puissance passée de l’Arménie. Grâce à une politique habile consistant à ménager la Perse autant que Rome, en guerre l’une contre l’autre, Artavazd, excellent orateur ayant reçu une brillante instruction hellénistique, amateur de théâtre et auteur de nombreuses tragédies, parvient à préserver un temps l’indépendance et la sécurité de l’Arménie. Mais lors de la campagne victorieuse menée par Marc Antoine en Arménie en l’en 34 avant J.-C., le roi Artavazd et sa famille sont captivés, et conduits en Egypte, sont donnés en spectacle à Cléopâtre pendant un défilé de triomphe.

Au cours de la deuxième moitié du 1er siècle, à l’issue d’une guerre menée à succès contre Rome par Arméniens et Parthes alliés, Tiridate 1er monte sur le trône de l’Arménie. Après la défaite des Romains à la bataille de Rhandeia en 62, Tiridate se rend à Rome pour y recevoir sa couronne des mains de l’empereur Néron. De retour en Arménie (65-66) il entreprend la reconstruction de la capitale Artachat avec l’argent que l’empereur romain lui a remis en guise de réparation pour la destruction de la ville, et fait ériger le temple de Garni dédié au Soleil.

Avec l’intronisation de Tiridate s’établit en Arménie la branche cadette de la dynastie perse des Arsacides (Archakouni).

L’Arménie sous le règne des Arsacides (Archakouni)

A la suite des bouleversements socio-économiques survenus en Grande Arménie au cours des 3e et 4e siècles, celle-ci se transforme progressivement en une monarchie féodale. Dès la fin du 3e siècle des communautés chrétiennes se forment sur l’ensemble du territoire du royaume. Il est communément admis de considérer que les premiers prédicateurs chrétiens en Arménie sont les apôtres Thaddée et Barthélemy. En l’en 301, sous le règne de Tiridate III (286-330) l’Arménie devint le premier pays à avoir adopté le christianisme comme religion d’Etat. Saint Grégoire l’Illuminateur devient le premier chef de l’Eglise Apostolique arménienne.

La lutte épuisante que le royaume d’Arménie mène sur deux fronts contre l’expansionnisme de Rome et de la Perse Sassanide, finit par l’affaiblir et en 387 son territoire est partagé entre ces deux puissances. En 428 le royaume arménien oriental est dissout par les Perses et transformé en un Marzpanat.

L’invention de l’alphabet arménien
Conscient du danger que la situation de l’époque représente pour l’avenir de l’Etat et du peuple arméniens, Mesrop Machtots, soutenu et parrainé par le roi Vramchapouh et le Catholicos Sahak Parthev, crée l’alphabet arménien qui devient une arme sans précédent dans la lutte pour la survie de l’identité arménienne. Cette découverte ouvre une nouvelle page dans l’histoire de la culture, du savoir et de la littérature arméniens. L’héritage littéraire propre ou traduit, transcrit en alphabet arménien est si riche et unique en son genre que le 5e siècle est à juste titre appelé « l’âge d’or » de l’histoire de la culture arménienne.
L’Arménie sur la voie de restauration de l’indépendance

En 450-451, sous le commandement du prince Vardan Mamikonian, les Arméniens, excédés par la pression politique, religieuse et économique exercée par la Perse, s’insurgent contre celle-ci. Vaincus à la bataille d’Avarayr, les ils se soulèvent à nouveau, conduits cette fois par Vahan Mamikonian (481-484). Avec le traité de paix de Nvarsak l’Arménie recouvre en partie son indépendance. Dans les contrées orientales de l’Arménie, incluant les provinces d’Artsakh et d’Orchistène, s’établit le royaume de Vatchagan le Pieux de la dynastie des Haykazoun-Sissakian-Aranchah. Ainsi, la monarchie arménienne est restaurée (jusqu’au 6e siècle), le pouvoir de Vatchagan s’étendant jusqu’à une partie de la rive occidentale du fleuve Koura.

Selon l’historien arménien Moïse Kaghankatvatsi contemporain de Vatchagan, ce dernier est un homme d’Etat remarquable et un chrétien fervent. Soucieux de renforcer la puissance du royaume arménien, il fait rédiger la « Constitution canonique » du royaume, adoptée par le clergé, les princes d’Artsakh et les affranchis lors de l’assemblée constituante d’Aghoune.

Confrontée, dès le 7e siècle aux invasions des Arabes, déjà au début du 8e siècle l’Arménie se trouve entièrement sous leur domination. La révolte du peuple arménien contre les envahisseurs se transforme rapidement en une série de guerres de libération nationale (les révoltes successives de 703, 748-750, 774-775, 850-855) et ne prend fin qu’en 885, avec la restauration du royaume arménien d’Achot 1er Bagratide. La lutte contre les envahisseurs arabes a trouvé sa plus belle expression lyrique dans l’épopée populaire arménienne « David de Sassoun », née à la même époque, qui est l’un des chefs d’œuvre littéraires arméniens les plus précieux de l’époque médiévale.

Le royaume arménien des Bagratides (Bagratouni)

Ayant retrouvé son indépendance, l’Arménie franchit l’ère du féodalisme avancé. Les villes et les activités citadines, les artisanats et le commerce, le système financier et les arts, en particulier l’art des Khatchkars, y connaissent un développement sans précédent.

De véritables centres économiques et commerciaux voient le jour dans la région. Un certain nombre d’Etats vassaux (Pharisos, Vaspourakan, Kars, Tachir-Dzoraguet, Siunie) se forment autour du royaume bagratide. Une branche de la dynastie s’établit en Géorgie voisine et prenant le pouvoir au 9e siècle, fonde le royaume bagratide géorgien. A la fin du 10e siècle commence le processus d’intégration politique et économique au sein d’un seul et même Etat des différentes structures féodales arméniennes, autour des Bagratides, avec comme centre la

Ville d’Ani. Celle-ci se transforme rapidement en une riche capitale politique, économique et culturelle.

Toutefois, les attaques successives de Byzance conduisent le royaume bagratide à son déclin. Enfin, après la défaite des Byzantins subie des Turcs seldjoukides à la bataille de Manzikert (Manazkert en arménien) en 1071, l’Arménie passe sous domination turque seldjouk.

La principauté des Zakarian au Nord-Est de l’Arménie

Dès le 11e siècle la puissance seldjoukide commence à décliner, et les bribes de la noblesse arménienne décimée par les occupants se réunissent pour prendre la tête de la lutte pour la libération du pays. Bientôt, unifiée et soutenue par la Géorgie, l’Arménie du Nord-Est qui comprend un certain nombre de provinces arméniennes historiques dont l’Ararat, l’Artsakh et la Siunie entièrement, ainsi que le Gougark et l’Orchistène (Outik) en partie, est libérée. Les territoires émancipés du joug seldjouk sont intégrés au royaume zakaride géorgien et gouvernés par les Zakarian ou leurs vassaux. Ils sont pourvus d’une large autonomie grâce à l’influence déterminante à la cour géorgienne notamment des frères Zakarê et Ivanê Zakarian ainsi que de bien d’autres princes arméniens ayant réussi à se hisser aux plus hauts rangs de la noblesse géorgienne.

Les territoires arméniens libérés parviennent à remettre en route leur économie et se consacrent à la culture, à l’artisanat et au savoir qui y fleurissent de nouveau.

Le royaume arménien de Cilicie

Victimes des déportations pratiquées par les Byzantins ou pour fuir les conséquences désastreuses des campagnes turques – seldjouk, de nombreux Arméniens quittent leur pays. Une partie d’entre eux s’établit en Cilicie où à la fin du 11e siècle l’élément arménien devient majoritaire. En 1080, se forme en Haute Cilicie la principauté des Rubénian qui ultérieurement réunit en elle l’ensemble de la Cilicie et des régions adjacentes. En 1198, recevant la couronne royale de l’empereur germanique le prince arménien Levon II Rubénian est sacré roi à Tarse.

Le royaume arménien de Cilicie entretient d’étroites relations commerciales avec les républiques de Venise et de Gènes, mais aussi avec la France, l’Espagne, l’empire germanique et d’autres pays. Levon II coopère avec l’Occident sur les plans politique et militaire également, tissant des liens privilégiés avec Frédéric Barberousse et Richard Cœur de Lion qui sont à la tête de la deuxième croisade. De nombreux chevaliers Templiers, Hospitaliers et Teutoniques servent à la cour royale cilicienne et s’établissent dans de vastes domaines qui leur sont attribués en Cilicie.

Plusieurs dynasties royales arméniennes se succèdent sur le trône du royaume. Sous les assauts impitoyables du Sultanat d’Iconie et des Mamelouks venus d’Egypte, privé de l’assistance de l’Europe, l’Etat arménien de Cilicie succombe en 1375. De nombreuses petites principautés parviennent toutefois à survivre dans les régions montagneuses reculées et inaccessibles de Cilicie, la dernière d’entre elles, l’autonomie de Zeytoun ne tombant en réalité qu’au 20e siècle lors du Génocide arménien.

L’Arménie sous le joug des envahisseurs étrangers
Dans les années 30-40 du 13e siècle l’Arménie, de même que d’autres Etats de la Transcaucasie, est conquise par les Turco-Mongols. Au milieu du 14e siècle la région devient une pomme de discorde entre l’Etat mongol Hulavite et la Horde d’Or. Au cours de plusieurs décennies et jusqu’au début du 15e siècle l’Arménie est systématiquement occupée et pillée par les troupes de Tokhtamych et de Tamerlan. A peine remise des campagnes sanglantes de Tamerlan, elle est envahie par les Turkmènes nomades Kara Koyunlu. Entre le 14e et le 15e siècles la noblesse féodale arménienne est décimée dans sa quasi-totalité. Ses terres sont occupées par les chefs tribaux tataro-turkmènes et kurdes. L’économie stagne. Les vagues d’émigration que connaît l’Arménie aux 14e et 15e siècles, entraîne la formation de diasporas arméniennes en Crimée, en Pologne (sur l’actuel territoire de l’Ukraine), en Transylvanie et ailleurs. L’Arménie actuelle devient alors le centre politique et spirituel pour l’ensemble du pays. En 1441 le siège du Catholicos est transféré de l’ancienne capitale de Cilicie Sis à Etchmiadzine où il se trouve à ce jour. A l’issue des guerres que se livrent Ottomans et Perses aux 16e et 17e siècles l’Arménie est divisée à deux reprises entre l’empire ottoman et la Perse Sévéfide par le traité d’Amasya d’abord (1555) et celui de Qasr -e-Chirin (1639) ensuite. Un autre événement traumatisant pour le peuple arménien, aux conséquences catastrophiques, est la déportation par le chah Abbas 1er de 300 milles Arméniens de la vallée d’Ararat vers l’Iran en 1605.
La situation politique en Arménie entre le 16e et 18e siècles

Les persécutions sanglantes d’ordre politique, social, national et religieux dont le peuple arménien est victime font naître en son sein d’intenses recherches de voies d’émancipation. Aux 16e et 17e siècles les hommes politiques arméniens associent le salut de l’Arménie à l’intervention de l’Occident, en particulier de la république de Venise, de la France et de l’empire germanique, mais finissent par se tourner vers la Russie. Ainsi, mandaté par la noblesse arménienne Israël Ory (1656-1711), figure emblématique du mouvement de libération nationale, s’adresse d’abord aux souverains européens pour leur demander de venir en aide à son peuple. N’obtenant rien, il part pour la Russie pour présenter au tsar Pierre 1er un projet de libération de l’Arménie. Dans les années 1722-1730 un vaste mouvement de libération galvanise l’Arménie, dirigé par David Bek en Suinie, par le Catholicos de Gandzassar Isaïe Hassan-Djalalian et Avan Yuzbachi en Artsakh.

A la deuxième moitié du 18e siècle les centres idéologiques du mouvement de libération se déplacent vers les prospères diasporas arméniennes d’Inde et de Russie. Le Cercle de Madras (Chahamirian, Bagramian, Emine, etc.) ainsi que les représentants de la diaspora arménienne de Russie (Lazarian, Argoutian, etc.) élaborent en parallèle deux projets de restauration de l’Etat arménien.

Paradoxalement, c’est à cette époque difficile que fleurissent à nouveau la culture et la littérature arméniennes. L’ordre des Mekhitaristes, établi à Venise (1717) et à Vienne, joue un rôle inestimable dans la conservation de l’identité arménienne et dans le processus d’évolution de la culture, de la littérature et du savoir du peuple arménien. En 1512 le premier livre imprimé en langue arménienne, « Ourbataguirq » paraît à Venise. C’est à Madras ensuite qu’en1794 paraît le premier périodique mensuel en langue arménienne, « Azdarar » (Le Moniteur). En 1616 à Lviv (Lvov) et en 1666 sont édités en arménien « Les Psaumes de David » (Le livre des Psaumes) et la première Bible imprimée qui compte quelque 1464 pages. Au milieu du 18e siècle un imposant Dictionnaire de la Langue arménienne est édité à Venise. Enfin, le 18e siècle s’achève avec la parution des célèbres volumes de « l’Histoire du peuple arménien » de M. Tchamtchian.

L’intégration de l’Arménie dans l’empire russe

Tendis que différents projets de restauration de l’Etat arménien sont à l’étude jusqu’au 18e siècle, au début du 19e la Russie entreprend la conquête de la Transcaucasie dont l’Arménie. En 1801 le royaume oriental géorgien est définitivement dissout et inclus dans l’empire russe (dont le Lori arménien). Ultérieurement, par l’accord de Turkmentchay (1828) et le traité de paix d’Adrianople (1829) s’achève l’intégration de toute la Transcaucasie à l’empire russe.

En 1828, sur les territoires des khanats d’Erevan et de Nakhitchevan se forme provisoirement une Province arménienne qui deviendra par la suite la base de l’Etat arménien restauré. L’intégration dans l’empire russe entraîne à la fois le réveil de la conscience nationale et le développement du capitalisme en Arménie. La bourgeoisie arménienne qui a des positions dominantes en Transcaucasie, est d’une extrême vitalité dans des centres industriels, commerciaux et culturels de la région tels que Bakou, Tiflis, Batoumi, Chouchi etc. A Alaverdi et Kapan se développe l’industrie minière, tandis que la vallée d’Ararat connaît l’essor de la viticulture, de la culture du coton et de la production de cuir. La réforme agraire du 1870 accélère l’intégration progressive de l’Arménie dans le marché national russe.

La situation en Arménie occidentale : la Question arménienne sur la scène internationale

Au début du 19e siècle l’Arménie est divisée entre les empires ottoman et russe. Il est convenu d’appeler Arménie occidentale et Arménie orientale les parties occidentale et orientale de l’Arménie historique, habitées d’Arméniens. L’appellation Arménie occidentale a pour la première fois été employée au cours des 4e 5e siècles lorsque le royaume de la Grande Arménie est divisée entre la Perse Sassanide et l’empire romain. L’Arménie occidentale passe ensuite sous domination de la Turquie ottomane par le traité d’Amasya (1555) que celle-ci a conclu avec l’Iran. L’Arménie orientale quant à elle est définitivement rattachée à la Russie à l’issue de la guerre russo-perse de 1826-1828, aux termes du traité de Turkmentchay.

D’un point de vue ethnique, la population de l’empire ottoman représente à l’époque un patchwork de plus de 60 nations et ethnies de diverses cultures et religions et de niveaux social, économique et politique différents. Le renforcement des positions des communautés chrétiennes et le réveil de la conscience nationale d’une part, la pression grandissante des puissances européennes sur l’empire ottoman d’autre part font obstacle à la politique impériale d’islamisation généralisée de ces territoires. La Question arménienne issue au départ de la disparition de l’Etat arménien et largement alimentée par la suite par la dégradation brutale de la condition des Arméniens vivant sur le territoire de l’empire ottoman, devient un composant essentiel de la Question d’Orient et occupe une place importante dans les relations internationales et la politique proche-orientale des grandes puissances. En réalité, la Question arménienne est pour la première fois formulée en 1878 dans le traité russo-turc de San Stefano, conclu à l’issue de la guerre opposant les deux empires qui se soldera par le passage sous contrôle russe des provinces de Kars et de Batoum. Aux termes de l’article 16 du traité de San Stefano et de l’article 61 du traité de Berlin l’empire ottoman s’engage à mettre en œuvre des réformes en Arménie occidentale et à assurer la sécurité des Arméniens. Ces articles demeurent lettre morte, la pratique du double langage des autorités ottomanes provoquant de nouvelles révoltes particulièrement importantes à Sassoun et à Vaspourakan. La Question arménienne fait l’objet de débats internationaux et figure désormais dans les pages des accords et traités d’importance internationale. Cependant, ni la diplomatie russe ni la diplomatie européenne n’ont l’intention de se battre réellement pour l’autonomie des Arméniens, comme elles l’avaient fait pour celle des peuples balkans. La Russie se contente d’un rôle de parrain des Arméniens occidentaux et de surveillant de l’application des réformes promises. Le gouvernement du sultan Abdülhamid II, craignant des retombées éventuelles futures de la Question arménienne pour l’empire sur le plan international, décide d’éradiquer le problème en intensifiant les persécutions à l’encontre des Arméniens. Les moyens qu’il s’en donne sont l’attisement de la ferveur islamique et de l’animosité envers les Arméniens, les assassinats, les pillages, le despotisme et la partialité des fonctionnaires, les tentatives d’islamisation forcée, le renforcement de la censure et les assauts dévastateurs des milices armées kurdes. Cette politique ne fait que déclancher une nouvelle étape dans le mouvement national arménien, avec la création à la fin des années 1880 et au début des années 1890, des premiers partis politiques. Les révoltes arméniennes qui embrasent l’empire ottoman sont réprimées dans le sang, entre 1895 et 1896 plus de 300 milles Arméniens devenant victimes de massacres sans précédent en Arménie occidentale et des dizaines de milliers se voyant convertis de force à l’islam. Une fois de plus au cours des années 1890 et jusqu’aux années 1912-1914, la Question arménienne est au centre de l’attention de la diplomatie européenne. Enfin, aux termes de l’accord russo-turc de juin 1914 Russes et Ottomans conviennent de la création sur le territoire de l’Arménie occidentale de deux provinces (l’une au Nord, l’autre au Sud), administrées par des gouverneurs européens.

Le Génocide arménien

La Première guerre mondiale offre à la Turquie une occasion propice pour la mise en œuvre d’un ancien projet cher aux milieux politiques turcs de création d’une Grande Turquie incluant les musulmans du Proche Orient, du Caucase, de la Russie et de l’Asie centrale. Le peuple arménien qui vit dans les deux parties, occidentale et orientale, de sa patrie historique, est l’un des obstacles majeurs à la réalisation de ce projet. En outre, la guerre est perçue comme un excellent moyen de justification et de camouflage des outils de réalisation d’un peuplicide projeté. En février 1915 le ministre de la Défense jeune-turc Ismaïl Enver (Enver pacha) ordonne l’exécution des soldats arméniens conscrits dans l’armée turque. Le 24 avril et le lendemain près de 800 intellectuels arméniens, écrivains, journalistes, médecins, scientifiques, des députés du parlement turc, ainsi que les représentants du clergé, sont arrêtés à Constantinople et déportés vers les confins de l’Anatolie. Leur majeure partie mourra en chemin, l’autre partie après être arrivée à destination. Le 24 mai les gouvernements britannique, français et russe s’expriment dans une déclaration commune que l’on peut considérer comme le premier document condamnant publiquement le Génocide arménien en tant que « crime contre l’humanité et la civilisation », et en en tenant pour responsables tous les membres de la Sublime Porte personnellement, ainsi que les représentants des pouvoirs locaux.

En mai et juin commencent les déportations et les massacres en masse de la population arménienne de l’Arménie occidentale (les provinces de Van, Erzeroum, Bitlis, Kharberd, Sebastia, Diarbekir), de Cilicie, de l’Anatolie occidentale et des autres régions. Les convois d’Arméniens sont envoyés vers la Mésopotamie et la Syrie où des camps spéciaux les attendent. Les Arméniens sont massacrés aussi bien dans leurs lieux d’habitation que dans les déserts que longent les routes de l’exode. Des centaines de milliers meurent de faim, de maltraitance et d’épidémies.

A l’issue de ce plan monstrueux, près de 1,5 millions d’Arméniens sont exterminés, l’Arménie occidentale perdant ainsi sa population autochtone.

La restauration de l’Etat arménien : première République d’Arménie, 1918-1920

Après la révolution de février 1917 le gouvernement provisoire russe dissout la vice-royauté du Caucase et crée un comité spécial pour la Transcaucasie. Au cours de cette période des mesures sont prises pour le rapatriement en Arménie occidentale des réfugiés arméniens dont le nombre atteint à près de 390 milles en 1917. Un Conseil national arménien est créé en septembre de la même année à Tiflis où les représentants du parti révolutionnaire Dachnaktsoutioun sont majoritaires. En décembre un accord de cessez-le-feu est signé à Erzenka entre le Comité pour la Transcaucasie et le commandement de l’armée ottomane. De son côté le gouvernement soviétique reconnaît le droit à l’autodétermination des Arméniens de l’Arménie occidentale, voire à la création d’un Etat indépendant. Mais les troupes turques, en violant l’accord du cessez-le-feu, déclanchent les hostilités. Malgré une résistance héroïque, les troupes arméniennes précipitamment constituées, et les bataillons de volontaires battent en retraite vers les frontières de l’Arménie orientale. Par le traité de Brest-Litovsk (3 mars 1918), sous la pression allemande, la Russie soviétique consent à revenir à ses frontières d’avant la guerre russo-turque de 1877-1878, cédant à l’empire ottoman non seulement l’Arménie occidentale mais aussi les provinces de Kars, d’Ardahan et de Batoum. Le traité de Brest-Litovsk conduit en impasse et provoque l’arrêt total des négociations menées depuis mars 1918 par les autorités de la République Démocratique Fédérative de Transcaucasie (Commissariat d’abord, Seïm ensuite) avec l’empire ottoman à Trabzon. Envahissant l’Arménie orientale, les armées turques s’emparent de la province de Kars, des villes de Kars et d’Alexandrapol et avance vers Erevan et Karaquilissa (actuel Vanadzor), en dévastant sur leur passage les localités et passant à l’épée la population arménienne. A l’heure où l’Arménie orientale est elle aussi confrontée à l’imminence du génocide, la situation paraît critique. Le danger grandissant qui pèse sur lui réunit le peuple arménien et sous le commandement du général Movsès Silikian, du colonel Daniel Bek-Piroumov et de Drastamat Kanayan, les troupes régulières soutenues par les volontaires passent à la contre-offensive et livrant des batailles décisives près de Sartadarapat, Karaquilissa et Aparan (mai 1918), parviennent à bloquer l’avancée de l’envahisseur.

En ces jours héroïques pour le peuple arménien les divergences se creusent davantage au sein des structures de la République Démocratique Fédérative de Transcaucasie. Le 26 mai 1918 le Seïm (parlement) transcaucasien est dissout provoquant la décomposition de la république. Dans ces conditions, le 28 mai 1918 le Conseil national arménien qui siège à Tiflis se déclare unique et suprême autorité sur les provinces arméniennes. La République d’Arménie est créée. Après la défaite de l’empire ottoman lors de la Première guerre mondiale (armistice de Moudros, 30 octobre 1918), les troupes turques se retirent précipitamment de l’Arménie orientale. L’autorité de la République d’Arménie s’étend ainsi sur la majeure partie de la province de Kars, sur la totalité de la province d’Erevan, sur l’ouest de la province d’Elizavetpol et sur le sud de la province de Tiflis. Le Karabakh, gouverné par le Conseil national arménien local, ne fait pas partie de son territoire sans pour autant être soumis à l’autorité de l’Azerbaïdjan. En avril 1920 la séance plénière du Conseil national du Haut-Karabakh décide de rattacher la province à la République d’Arménie. Le 10 août 1920 les Etats vainqueurs de la Première guerre mondiale dont l’Arménie, réunis à Sèvres en France, signent un traité de paix avec la Turquie. Côté arménien, le traité dont la partie « Arménie » comprend les articles 88 à 93, est signé, par Avetis Aharonian, chef de la délégation arménienne. Par le traité de Sèvres la Turquie reconnaît l’Arménie comme Etat libre et indépendant. En outre, les deux parties se mettent d’accord pour laisser aux Etats-Unis le soin de délimiter les frontières entre les deux Etats dans les provinces d’Erzeroum, de Trabzon, de Van et de Bitlis. Elles s’engagent également à accepter toutes les propositions des Etats-Unis relatives à l’attribution à l’Arménie d’un accès à la mer et à la démilitarisation des territoires adjacents à la frontière commune.

Cependant, le nouveau gouvernement national turc dirigé par Moustafa Kemal refuse de reconnaître le traité de Sèvres. A l’été 1920, désirant tourner le mouvement kémaliste naissant en Turquie contre les pays de la Triple Entente, le gouvernement soviétique porte une assistance financière et militaire considérable à la Turquie qui l’emploie aussitôt contre la Grèce à l’Ouest et l’Arménie à l’Est. En septembre 1920 l’armée tuque passe à l’offensive. En occupant de nouveaux territoires et en y exterminant les Arméniens de l’Est, elle est déterminée à priver les Arméniens de la possibilité d’avoir leur propre Etat. Les troupes turques prennent ainsi le contrôle de la province de Kars, celui de Sourmalou et la ville d’Alexandrapol.

L’Arménie soviétique

Soucieux de rétablir les frontières de l’empire russe, les autorités soviétiques entreprennent une politique de soviétisation des républiques transcaucasiennes. Après la soviétisation de l’Azerbaïdjan (avril 1920) la 11e armée rouge investit la majeure partie des territoires du Haut-Karabakh, de Zanguezour et de Nakhitchevan. En août 1920 un traité de paix est signé par les représentants de la République d’Arménie et de la Russie soviétique, celle-ci obligeant l’Arménie à reconnaître litigieux ces territoires, à condition que leur sort soit défini par leurs populations au moyen d’un référendum. Le 29 novembre 1920 des troupes de l’armée rouge épaulées par des bolcheviks arméniens entrent à Idjevan (Karvansara) depuis l’Azerbaïdjan et déclarent l’Arménie soviétique. La décision du 30 novembre du comité révolutionnaire d’Azerbaïdjan présidé par Narimanov supprime le caractère litigieux des territoires de Karabakh, de Zanguezour et de Nakhitchevan et les déclare parties intégrantes de l’Arménie soviétique. Le 2 décembre le gouvernement de la République d’Arménie démissionne au profit du Comité révolutionnaire bolchevik. Le jour même, contre toute attente, les représentants du gouvernement démissionnaire signent à Alexandrapol un traité de paix avec la Turquie cédant à celle-ci presque la moitié du territoire de l’Arménie. Ultérieurement les autorités soviétiques refuseront de reconnaître les conditions de ce traité. Enfin le 16 mars 1921 à Moscou la Russie et la Turquie signent un traité d’amitié et de fraternité dont l’article 1 engage la Russie à ne pas reconnaître les traités et accords internationaux concernant la Turquie. A l’évidence cet article vise en premier lieu le traité de Sèvres que la Turquie souhaite voir annulé à tout prix. Finalement, la nouvelle frontière, telle qu’elle existe aujourd’hui, est établie par le traité de Kars du 13 octobre 1921 signé par la Turquie et les républiques de Transcaucasie.

Plus tard, en 1922-1923 un certain nombre de documents seront signé à Lausanne dont le plus important est sans doute le traité de Lausanne qui remplace le traité de Sèvres et établit de fait les actuelles frontières de la Turquie.

Aux termes du traité de Moscou de 1921 le Nakhitchevan devient territoire autonome (république) sous les auspices de l’Azerbaïdjan, la décision du Bureau caucasien du parti communiste russe du 5 juillet 1921 déclarant à son tour le Haut-Karabakh région autonome au sein de ce même Azerbaïdjan.

Bien que dépourvue d’une réelle souveraineté, la république soviétique d’Arménie constitue un épisode extrêmement important dans l’histoire de la conservation de l’Etat arménien et dans l’évolution de la conscience nationale. Malgré la terreur et les persécutions de 1937 et celles de 1948-1949 l’Arménie connaît d’importants succès dans les domaines de l’économie, des sciences et de la culture. Au cours de la parenthèse soviétique elle accomplit d’immenses progrès et devient un pays développé intégralement alphabétisé, d’un important complexe industriel et agraire, d’instituts scientifiques de renom, d’un système éducatif performant, où les arts et la culture connaissent une envolée sans précédent.

Avec la création de l’Université d’Etat d’Erevan en 1919, s’y développe également l’instruction universitaire. En 1943 l’Académie nationale des sciences est créée.

Le peuple arménien prend aussi une part importante à la Seconde guerre mondiale, avec près de 440 milles soldats et officiers arméniens combattant dans les rangs de l’armée soviétique. La 89e division arménienne est aux avant-gardes de l’armée rouge lors de la bataille de Berlin. Par ailleurs, nombreux sont les Arméniens de la diaspora qui se battent dans les armées alliées ou intègrent les mouvements de résistance en Europe. Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, de nombreux Arméniens de la diaspora retournent dans leur patrie, l’Arménie soviétique.

Entre 1960 et 1980, les milieux intellectuels et les dirigeants de la république soulèvent à multiples reprises le problème de la reconnaissance du Génocide arménien, celui de la diaspora, de la réunification du Haut-Karabakh et du Nakhitchevan avec l’Arménie et bien d’autres problèmes d’ordre national. A Erevan se déroulent les premières dans l’histoire de l’URSS manifestations réunissant des centaines de milliers de personnes.

Le début du mouvement du Karabakh

En mars 1985 un nouveau gouvernement arrive au pouvoir en URSS. Des hommes politiques plus jeunes et progressistes remplacent les vieux dirigeants de l’époque de stagnation. Mikhaïl Gorbatchev qui deviendra par la suite le premier président de l’URSS, est élu secrétaire général du Comité central du parti communiste de l’URSS. Dès son arrivée au pouvoir il annonce l’urgence d’engager des réformes pour sortir l’Union soviétique de la crise. En effet, à l’époque celle-ci se trouve face à la nécessité de réformes radicales. La profonde crise que traverse le régime socialiste, le discrédit de l’idéologie communiste, de nombreux problèmes restés irrésolus et surtout le problème national réveillent et mettent en branle des millions de personnes à travers l’URSS. La politique de perestroïka donne ainsi naissance aux mouvements nationaux qui électrisent le pays. Les premiers sont les Arméniens d’Artsakh qui ne se sont jamais résignés au rattachement forcé de leur région à l’Azerbaïdjan ni à la politique antiarménienne menée par les autorités azerbaïdjanaises durant toute la période soviétiques. Le 20 février 1988 la session extraordinaire du Conseil régional de la Région autonome du Haut-Karabakh prend une décision historique, pourtant conforme à la Constitution soviétique. Le Conseil régional décide de s’adresser à la République Soviétique Socialiste d’Azerbaïdjan avec une demande d’extraire la région à la juridiction de l’Azerbaïdjan et de l’intégrer à la République Soviétique socialiste d’Arménie. Une puissante vague de manifestations de sympathie avec les Arméniens d’Artsakh balaie l’Arménie et la diaspora. Des rassemblements de centaines de milliers de personnes sont organisés à Erevan et dans de nombreuses autres villes de la république, ainsi qu’au Karabakh. Mais d’amblée les autorités soviétiques centrales adoptent une position hostile à l’égard du Mouvement du Karabakh, qualifiant les manifestations d’autant de provocations, d’expression d’extrémisme et l’œuvre d’une poignée de nationalistes. Cependant, de nombreuses personnalités publiques et intellectuels célèbres de toute l’URSS témoignent publiquement leur soutien aux manifestants en Arménie et en Artsakh.

En réponse à ces manifestations pacifiques, du 27 au 29 février 1988 des massacres d’Arméniens sont organisés à Soumgaït, une ville industrielle située non loin de Bakou. Des dizaines de personnes y trouvent la mort, parfois torturées, 200 personnes sont grièvement blessées. Au lendemain de la tuerie les 18 milles Arméniens de Soumgaït quittent la ville et le pays. Plusieurs sources s’accordent à reconnaître le caractère programmé de ces massacres par les pouvoirs azerbaïdjanais locaux. Quant à la réaction des autorités soviétiques centrales, elle intervient trop tard, les troupes du ministère de l’Intérieur investissant la ville de Soumgaït trois jours après les événements. C’est avec une grande difficulté que celles-ci parviennent à maîtriser les tueurs azéris et à sortir de la ville la population arménienne. Même après ces événements le gouvernement soviétique persiste à présenter le problème du Karabakh comme un problème d’ordre socio-économique. Mais le mouvement n’en fait que s’amplifier. Parallèlement aux rassemblements et aux manifestations de protestation, des grèves générales sont décrétées en Arménie et en Artsakh. Ce que réclame alors le peuple arménien du gouvernement de l’URSS, c’est un règlement juste du problème du Karabakh et une condamnation juridique et politique des massacres de Soumgaït. En mai 1988 un « Comité arménien du mouvement du Karabakh » est crée. Réagissant à la demande du Conseil régional du Haut-Karabakh, le 15 juin 1988 la séance plénière du Conseil suprême de la République soviétique socialiste d’Arménie accepte la demande d’intégration en son sein du Haut-Karabakh. Une requête de solution favorable au problème est ensuite adressée au Conseil suprême de l’URSS dont la séance du présidium se tient le 18 juillet. Y assistent également les représentants des Républiques Soviétiques Socialistes d’Arménie et d’Azerbaïdjan ainsi que ceux de la Région autonome du Haut-Karabakh. Tandis que la plus haute instance du pouvoir soviétique rejette les décisions du Conseil régional du Haut-Karabakh et du Conseil suprême de l’Arménie, une véritable politique de nettoyage ethnique est en cours dans les différentes régions de l’Azerbaïdjan dont Kirovabad, Chamkhor, Khanlar, Dachkesan, Minguetchaour et autres, où des Arméniens deviennent victimes de meurtres en masse et de pillage. Une importante vague de déportation déferle sur les Arméniens d’Azerbaïdjan en janvier 1990, lorsque, après la tuerie, une semaine durant, de centaines de leurs compatriotes à Bakou, la très ancienne communauté arménienne de la ville comptant plus 200 milles personne, est contrainte de quitter rapidement l’Azerbaïdjan.

La situation en Arménie devient encore plus critique après le terrible tremblement de terre du 7 décembre 1988 qui en l’espace de quelques minutes dévaste des dizaines de villes et villages dans le Nord et le Nord-Est de la république faisant plus de 25 milles morts et 500 milles de sans abris.

Le 1er décembre 1989, le Conseil suprême de la République Soviétique Socialiste d’Arménie et le Conseil régional du Haut-Karabakh font une déclaration commune sur la réunification. En réponse, les persécutions et les violences à l’encontre des Arméniens s’intensifient en Azerbaïdjan. De plus, l’Arménie comme le Haut-Karabakh sont soumis à un blocus économique sévère. L’Arménie ne reçoit plus ni gaz, ni produits industriels, ni articles de première nécessité.

Le 23 août 1990 le Conseil suprême fraichement élu de l’Arménie adopte « La Déclaration sur l’indépendance de l’Arménie » qui marque le début du processus de l’indépendance. Ainsi, la marche vers la troisième république est amorcée. La déclaration sur l’indépendance annonce également la suprématie des lois républicaines sur celles de l’URSS. Elle désigne le drapeau tricolore rouge bleu et orange et les armoiries de la première république comme symboles nationaux. Le texte de la déclaration proclame également les principes universels du respect des droits de l’homme, la liberté de culte et de conscience, la liberté d’expression et d’association.

Au premier semestre 1991 mettant à exécution le plan « Koltso » (cercle) qui consiste à déporter de force la population arménienne de Chahoumian, de Guetachène et du Haut-Karabakh, les forces spéciales du ministère de l’Intérieur azerbaïdjanais (OMON), aidées par l’armée soviétique déclanchent une véritable guerre ouverte. De nombreux villes et villages arméniens de la région sont rasés de la surface de la terre. En mai 1991 la guerre du Karabakh a déjà commencé.

Relevant le défi, les Arméniens du Haut-Karabakh créent un Comité clandestin d’autodéfense et un état-major et se mobilisent au sein de groupes d’autodéfense.

La restauration de l’indépendance de l’Arménie en 1991. Troisième république

Sa basant sur la Déclaration de l’indépendance de l’Arménie le parlement vote l’organisation d’un référendum sur la sortie de la république de l’URSS qui a lieu le 21 septembre 1991. Le 23 septembre, en s’appuyant sur les résultats de celui-ci, le Conseil suprême déclare l’Arménie Etat indépendant. Ainsi se réalisait le rêve séculaire des Arméniens de retrouver leur indépendance. En octobre, à l’issue des élections présidentielles démocratiques le premier Président de la République est élu. Le 8 décembre 1991, les dirigeants des trois Etats slaves, la Russie, l’Ukraine et la Biélorussie, réunis à Biélovej près de Minsk, signent un accord mettant fin à l’existence de l’URSS. Ils annoncent en même temps la création d’un nouveau sujet du droit international, la Communauté des Etats Indépendants (CEI). La République d’Arménie est la première à réagir aux accords de Minsk et saluant la création de la CEI, à annoncer sa volonté d’y adhérer. Le 21 décembre de la même année les présidents de 11 Etats indépendants (anciennes républiques soviétiques) réunis à Alma-Ata, signent l’accord sur la création de la CEI. Cet accord achève le processus de dissolution de l’URSS et de l’accession à l’indépendance des républiques soviétiques. Peu après la déclaration de l’indépendance la République d’Arménie est reconnue par la communauté internationale. La construction de l’Etat arménien indépendant se met en marche. L’un des événements marquants de la vie politique arménienne est l’adoption, le 5 juillet 1995, de la Constitution de la République d’Arménie. La nouvelle Constitution, dont une version modifiée sera adoptée le 25 novembre 2005, crée des bases solides pour le passage du régime totalitaire à un Etat démocratique.

Dans le contexte de la guerre engagée par l’Azerbaïdjan le problème de la survie de la population du Haut-Karabakh et de la préservation de l’indépendance de l’Etat national arménien était devenu crucial, une armée seule pouvant en être le vrai garant. Suite à la fusion de la milice d’autodéfense avec les premiers conscrits entre 1992 et 1993 l’armée nationale régulière est créée. Celle-ci repose essentiellement sur les bases de l’armée soviétique. Au cours des années suivantes des centaines d’officiers arméniens servant auparavant sous les drapeaux de l’URSS rentrent en Arménie pour prendre en main l’organisation et l’entraînement de l’armée nationale.

A l’issue de l’élection présidentielle du 22 septembre 1996 qui se déroule dans un contexte d’une confrontation politique tendue, Levon Ter-Petrossian est réélu Président de la République. Cependant, dès 1996 le faussé se creuse entre la société arménienne et les autorités, la crise politique entraînant la démission du président Levon Ter-Petrossian en février 1998.

La bataille politique aux élections présidentielles de mars 1998 se déroule essentiellement entre deux candidats, le premier-ministre sortant Robert Kotcharian et l’ex premier secrétaire du Comité central du parti communiste de l’Arménie soviétique Karen Demirtchian, de retour sur la scène politique. C’est Robert Kotcharian qui sera élu Président de la République.

Les élections législatives du 30 mai 1999 qui se déroulent elles aussi dans un contexte de tension politique, voient la victoire de la coalition Miasnoutioun (Union). Karen Demirtichian qui en est issu est élu président de l’Assemblée nationale. Vazguen Sarkissian est nommé premier ministre. Mais la situation politique en Arménie se dégrade brutalement lorsque suite à un attentat commis le 27 octobre 1999 dans le bâtiment du parlement, le premier ministre, le président et des vice-présidents de l’Assemblée nationale ainsi que des députés trouvent la mort dans des circonstances tragiques. Cet acte terroriste est perçu comme une grave atteinte à l’Etat et à la démocratie. Néanmoins les autorités du pays parviennent à stabiliser la situation. Le 25 mai 2003 de nouvelles élections législatives sont organisées. Aucun parti politique n’y obtient la majorité des sièges pour pouvoir former un gouvernement. Aussi, pour la première fois dans l’histoire de la troisième république les trois partis politiques ayant obtenu le plus grand nombre de suffrages, le Parti républicain (Parti Républicain d’Arménie), Orinats Yerkir (Pays de Droit) et la parti Dachnaktsoutioun s’unissent au sein d’une coalition et forment un gouvernement. Andranik Markarian (1951-2007), président du conseil du parti Républicain, est nommé premier ministre.

A l’issue des élections législatives de la 4e législature du 12 mai 2007 le parti Républicain arrive en tête du scrutin proportionnel, talonné par les partis Bargavatch Hayastan (Arménie prospère) et Dachnaktsoutioun. La nouvelle coalition composée par ces partis aux termes d’un accord signé avec le concours du Président de la république, désigne un gouvernement. Serge Sarkissian est nommé premier ministre. Celui-ci sera le vainqueur de la 5e élection présidentielle du 19 février 2008.

Le 21 mars 2008, à l’initiative du Président de la république récemment élu, en vue d’assurer au sein de la société un climat de solidarité nécessaire à la mise en œuvre de nouvelles réformes, les quatre partis politiques majoritaires à l’Assemblée nationale, le parti Républicain, Arménie prospère, Orinats Yerkir et le Dachnaktsoutioun, signent un accord sur la création d’une nouvelle alliance politique, assumant ainsi la responsabilité de l’avenir de l’action des autorités. Tigran Sarkissian est nommé premier ministre.

Ministère des Affaires étrangères, août 2011

 

Des remerciements particuliers

Au professeur Babken Harutunian, docteur en histoire, membre correspondant de l’Académie nationale des sciences,

A Edouard Danielian, docteur en histoire, chef du département de l’Antiquité à l’institut d’histoire près de l’Académie nationale des sciences

 

La République du Haut-Karabakh

Le 2 septembre 1991 la séance commune du Conseil régional du Haut-Karbakh et du Conseil régional de Chahoumian proclame la République du Haut-Karabakh dans les frontières administratives de la Région autonome du Haut-Karabakh et de la région de Chahoumian. La déclaration de l’indépendance de la République du Haut-Karabakh est adoptée. Ainsi se réalise un droit constitutionnel inscrit notamment dans la loi soviétique du 3 avril 1990 sur les modalités de la mise en application du décret sur la sortie de l’URSS des républiques soviétiques. Cette loi autorise les autonomies intégrées aux républiques soviétiques de décider elles-mêmes de leur statut politique et administratif futur au cas où les républiques soviétiques en question viennent à faire sécession de l’URSS. En novembre 1991, en violation de toutes les normes légales, le Conseil suprême de l’Azerbaïdjan adopte une sur la dissolution de la Région autonome du Haut-Karabakh qui est aussitôt jugée anticonstitutionnelle par la Cour constitutionnelle de l’URSS.

Le 10 décembre 1991, quelques jours avant la dissolution officielle de l’URSS, un référendum a lieu au Haut-Karabakh où l’écrasante majorité de la population de la région s’exprime en faveur d’une totale indépendance de l’Azerbaïdjan. Le parlement élu aux élections législatives nomme le premier gouvernement du Haut-Karabakh.

Celui-ci entame son mandat dans un contexte de blocus absolu et d’agression militaire que l’Azerbaïdjan engage aussitôt après. Employant les armes et les infrastructures militaires de la 4e armée soviétique basée sur son territoire, l’Azerbaïdjan déclenche en effet des opérations militaires d’envergue contre le Haut-Karabakh. Avec des succès intermittents, la guerre commencée en 1991 dure jusqu’en 1994. En mai de la même année, sous les auspices de la Russie, du Kirghizstan et de l’assemblée interparlementaire de la CEI, les représentants de l’Azerbaïdjan, de l’Arménie et du Haut-Karabakh, réunis à Bichkek, signent un protocole sur le cessez-le-feu qui est toujours en vigueur.

Ainsi, à l’issue de la guerre le peuple du Haut-Karabakh remporte son droit à l’autodétermination.

En septembre 2007 Bako Sahakian est élu Président de la République du Haut-Karabakh. La Constitution de la république est adoptée en décembre 2006.

En mars 1992 la Conférence de Minsk de l’OSCE est créée dont l’objectif est de trouver un règlement au conflit du Karabakh. Le processus des négociations est à ce jour conduit dans le cadre de la Conférence de Minsk de l’OSCE par la co-Présidence du Groupe de Minsk destinée à parvenir à un règlement du problème du Haut-Karabakh et la déterminationdéfinitive de son statut.

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